Tribulum...

Publié le 29 Novembre 2019

Le tribulum est un instrument agricole attesté par l’archéologie et l’iconographie au Proche-Orient à partir du Néolithique précéramique B, aux alentours du huitième millénaire avant le présent. C’est l’analyse des traces d'usures visibles sur un certain type de lames de silex qui a permis de faire le rapprochement avec des exemples ethnographiques bien documentés (Balkans, Anatolie, Maghreb, Grèce ou Espagne).

Il s’agit d’un traîneau de bois équipé sur sa face active de segments de lames de silex. Il est généralement tiré par un ou plusieurs animaux (cheval, âne ou bœuf) sur une grande aire de battage circulaire. Le passage répété du traîneau et le piétinement continu des animaux de trait permet, en quelques heures, de hacher les tiges et de libérer les céréales de leur enveloppe.

Dans le cadre de la Fête des Moissons, organisée par le Département du Val-de-Marne à Vitry-sur-Seine, nous avons pu présenter en démonstration l’utilisation d’une réplique de tribulum, fortement inspirées des travaux expérimentaux menés depuis plusieurs années par une équipe d’archéologues sous la tutelle de Patricia Anderson directrice de recherche au CEPAM (CMRS-UMR 7264) à Nice.

Nous revenons ici en images sur les principaux temps de la fabrication du tribulum.

Perches de saule écorcées et groupées par paire pour l'armature du traîneau.

Perches de saule écorcées et groupées par paire pour l'armature du traîneau.

Perches de saule préparées, régularisées et encochées pour être ligaturées par paires.

Perches de saule préparées, régularisées et encochées pour être ligaturées par paires.

Paire de perches ligaturées avec des lanières de cuir cru.

Paire de perches ligaturées avec des lanières de cuir cru.

Les perches ont été cintrées et grossièrement assemblées avant le montage final.

Les perches ont été cintrées et grossièrement assemblées avant le montage final.

Première partie terminée, reste à insérer les lames qui viendront, en dessous, entre les perches.
Première partie terminée, reste à insérer les lames qui viendront, en dessous, entre les perches.

Première partie terminée, reste à insérer les lames qui viendront, en dessous, entre les perches.

Les lames, taillées par pression au levier, sont triées et disposées sous le traîneau.
Les lames, taillées par pression au levier, sont triées et disposées sous le traîneau.

Les lames, taillées par pression au levier, sont triées et disposées sous le traîneau.

Elles sont fixées à l'aide d'une colle composée de cire d'abeille, de résine de pin et de charbon pilé.
Elles sont fixées à l'aide d'une colle composée de cire d'abeille, de résine de pin et de charbon pilé.

Elles sont fixées à l'aide d'une colle composée de cire d'abeille, de résine de pin et de charbon pilé.

Le tribulum après le collage mais avant le nettoyage !

Le tribulum après le collage mais avant le nettoyage !

Le tribulum en cours d'utilisation.
Le tribulum en cours d'utilisation.
Le tribulum en cours d'utilisation.
Le tribulum en cours d'utilisation.

Le tribulum en cours d'utilisation.

Détail sur une lame de silex après utilisation et sur l'état des céréales en fin de travail.
Détail sur une lame de silex après utilisation et sur l'état des céréales en fin de travail.

Détail sur une lame de silex après utilisation et sur l'état des céréales en fin de travail.

un petit calcul du temps de fabrication du tribulum : 

- récolte/écorçage et préparation des perches : 6 heures pour une personne.

- fabrication du traîneau : 3 heures pour une personne.

- préparation des lames (environ 120 lames pour une sélection finale de 80 armatures, soit 4 à 5 grand nucléus, 2 jours pour la préparation et le débitage) : 18 heures pour deux personnes.

- préparation de la colle, collage des armatures, nettoyage : 8 heures pour une personne.

 

Soit un total de 35 heures environ, à peu près une semaine de travail pour 1 personne.

Un très-très grand merci à Marie Wagner du Parc des Lilas pour nous avoir fait confiance ; à Guillaume Huitorel, initiateur de ce projet ; à l'association Couleur Lilas, Isis Bertheau et Émilie Coudert, pour leur aide et leur disponibilité ; ainsi qu'à celle sans qui tout cela n'aurait pas été possible, l'ânesse Nikita, pour sa patience et son engagement !

Bibliographie sommaire :

ANDERSON, P.C., WHITTAKER,  J.C. 2014. Blades, sickles, threshing sledges and experimental archaeology in northern Mesopotamia, In : VAN GIJN, A.,  WHITTAKER,  J.C., ANDERSON, P. (Ed). Explaining and exploring diversity in agricultural technology. Oxbow Books 2014.

KHEDHAIER, R., VERDIN, P., FURESTIER, R., LEMERCIER, O., MÜLLER, A. 2003. Dépiquage au tribulum au Néolithique final dans le Sud-Est de la France. Indices convergents de la tracéologie et de l'analyse des phytolites. Le cas du site de Forcalquier-La Fare (Alpes-de-Haute-Provence). In : ANDERSON, P.C., CUMMINGS, L.S., SCHIPPERS, T.K., SIMONEL, B., (dir.). Le traitement des récoltes : un regard sur la diversité, du Néolithique au Présent. 23èmes Rencontres Internationales d'Archéologie et d'Histoire d'Antibes, Éditions APDCA, Antibes, 2003.

ROUX, P. 2015. Moisson, battage, vannage, stockage des céréales aux périodes protohistoriques et antiques dans le monde égéen : histoire des techniques. Thèse de doctorat, Université de Paris I, France.

PICHON, F. Une moisson expérimentale de céréales, Séranon (août 2016), ArchéOrient-le blog, 14/10/2016, [en ligne] https://archeorient.hypotheses.org/6667.

 

Rédigé par Arkéo Fabrik

Publié dans #Ateliers et démonstrations, #Expérimentations

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Commenter cet article

Vallet Christian 06/12/2019 10:08

Dans votre décompte de temps vous avez oublier le temps de collecte de la cire et de la résine et cette dernière ne se trouve pas partout .

Lugan 04/12/2019 23:36

Bonjour les Amis,
Il y en avait un magnifique au musée des Ruralies, pareil, bois et silex, je ne sais pas ce qu'il est devenu...
Bises